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Épisiotomie : pourquoi a-t-on coupé le périnée de 9 femmes sur 10 ?

Pendant des décennies, on a pratiqué l’épisiotomie comme un geste automatique.

Un réflexe médical. Un protocole.


Sans toujours questionner sa pertinence. Sans toujours demander l’avis des femmes.


Aujourd’hui, la science est claire : l’épisiotomie systématique n’a aucun bénéfice démontré et peut même augmenter les complications.


Alors comment en est-on arrivé là ? Et pourquoi est-il essentiel de comprendre l’histoire de cette pratique quand on prépare son accouchement ?



Qu’est-ce qu’une épisiotomie ?


L’épisiotomie est une incision chirurgicale pratiquée au niveau du périnée au moment de l’expulsion du bébé.


Elle a longtemps été justifiée par plusieurs arguments :

  • éviter les déchirures graves

  • favoriser une meilleure cicatrisation

  • protéger le plancher pelvien

  • accélérer la naissance


Mais ces affirmations étaient davantage issues d’habitudes médicales que de preuves scientifiques solides.


Jusqu’à 90 % d’épisiotomies chez les primipares dans les années 80-90


En France, dans les années 1980-1990, jusqu’à 90 % des femmes qui accouchaient pour la première fois (primipares) subissaient une épisiotomie.

Source : INSERM, Rapport 2005

Oui, 9 femmes sur 10.


Le geste était devenu une norme. Non pas parce qu’il était scientifiquement bénéfique, mais parce qu’il faisait partie du protocole hospitalier.


Cet acte était justifier à travers des phrases comme : "ça évitera les déchirures graves", "vous cicatriserez mieux" ou "ça protège les organes génitaux". Mais en réalité il s'agissait de croyances et non de faits.


Ce que dit la science aujourd’hui


En 2005, la Haute Autorité de Santé (HAS), dont les recommandations ont été actualisées en 2018, affirme :


« L’épisiotomie systématique n’a aucun intérêt médical. Elle augmente même les complications dans certains cas. »


Source : HAS, Recommandations pour la pratique clinique

Les recherches internationales (Cochrane Database, OMS) montrent également que :

  • l’épisiotomie de routine n’empêche pas les déchirures sévères

  • elle augmente le risque de douleurs périnéales post-partum

  • elle peut majorer les complications cicatricielles


L’Organisation Mondiale de la Santé recommande un taux d’épisiotomie inférieur à 10 %.


Une baisse progressive… mais récente


Les chiffres ont diminué progressivement :


  • 2003 : 71 % chez les primipares

  • 2016 : 35 %

  • 2021 : environ 20 %

Source : Enquête Nationale Périnatale 2003–2021

Cette baisse montre que les pratiques évoluent. Mais cela signifie aussi que des générations entières de femmes ont subi un geste non nécessaire.


Pourquoi cette pratique a-t-elle été imposée si longtemps ?


Plusieurs facteurs expliquent cette généralisation :


1. La standardisation hospitalière

Les protocoles visent l’efficacité et la gestion des flux. Un accouchement physiologique demande du temps, de l’adaptation et de l’individualisation.

2. Une vision interventionniste du corps féminin

L’idée implicite était souvent :

« Le corps des femmes ne sait pas faire seul. Il faut l’aider. »


Or l’accouchement est un processus physiologique, qui peut nécessiter une intervention médicale… mais qui n’est pas en soi un acte médical.


3. La position gynécologique imposée

La position allongée sur le dos, encore largement utilisée, est l’une des moins favorables à la protection du périnée.


Selon l’enquête du CIANE (2013),29 % des primipares ayant pu bouger librement pendant le travail ont subi une épisiotomie, contre 56 % chez celles privées de mobilité.


Moins de mouvement = plus d’interventions.


Épisiotomie, péridurale, déclenchements : une même logique ?


D’autres pratiques héritées de cette logique persistent :

  • Position gynécologique imposée

  • Péridurale présentée comme voie principale

  • Déclenchements fréquents sans indication médicale claire


Ces interventions peuvent être nécessaires. Mais lorsqu’elles deviennent la norme, elles modifient la physiologie de l’accouchement et augmentent le risque d’enchaînement d’actes médicaux.


L’accouchement est un processus physiologique


Il est essentiel de remettre les choses à leur juste place :

  • L’accouchement est un acte physiologique.

  • Il peut nécessiter une intervention.

  • Mais il ne devrait pas être pensé comme un acte médical par défaut.


Faire confiance ne signifie pas refuser la médecine. Cela signifie remettre la physiologie au centre, et utiliser la médecine lorsque cela est réellement nécessaire.


Comment protéger son périnée aujourd’hui ?


Bonne nouvelle : les pratiques évoluent. Et vous avez un pouvoir d’action.


Voici quelques leviers :


✔ Se préparer en amont

Comprendre le fonctionnement du périnée et de la phase d’expulsion.


✔ Favoriser la mobilité pendant le travail

Changer de position, utiliser le ballon, la douche chaude, les positions verticales.


✔ Discuter en amont avec l’équipe médicale

Exprimer clairement votre projet de naissance.


✔ Choisir un environnement qui respecte la physiologie

Toutes les maternités n’ont pas les mêmes taux d’intervention.


Ce n’est pas un acte à maîtriser. C’est une puissance à soutenir.


L’histoire de l’épisiotomie nous rappelle une chose essentielle :

Ce n’est pas parce qu’une pratique est courante qu’elle est justifiée.


L’accouchement n’est pas un problème à résoudre. C’est un processus à accompagner.

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